La loi de ma bouche

#AnbaDiktati – Jean Sambour

Le 11 février 2000, Jean Sambour est arrêté sous l’inculpation de corruption et de détournement de fonds publics. Les autorités judiciaires haïtiennes avaient émis des mandats d’arrêt contre une vingtaine de personnes accusées d’avoir détourné des fonds publics sous l’administration de Duvalier. Le Ministre de la Justice d’alors, Me Camille Leblanc, déplora le fait que ces gens soient surtout à l’étranger. Mais, pas Jean Sambour. Lui a longtemps décidé de rester en Haïti. Il sait pouvoir s’en sortir.

Le Français, décorateur, conseiller de mode, porteur de valises émérite et « bon ami » de la famille Duvalier n’en était pas à sa première fois. Le 26 juin 1986, un décret met sous séquestre les biens de Michèle B. Duvalier, Théodore Achille, Simone F. Duvalier, Roger Lafontant, Simone Ovide Duvalier, Jn-Marie Chanoine, Nicole Duvalier, Frantz Merceron, Ernest Bennett, Jn-Paul Carteron, Aurore Bennett, Auguste Douyon, Mario Théard, Jean-Robert Estimé, Jn-Claude Sanon et Jean Sambour. Toutefois quatre ordonnances du Juge d’Instruction Me Gérard Etienne entraîneront une main levée du séquestre établi par le Conseil National de Gouvernement. Frantz Merceron, Mario Théard, Jean-Robert Estimé et Jean Sambour sont déclarés « libres de toutes charges ou d’indices susceptibles de motiver leur renvoi par devant un tribunal de répression».

En 2001, le 24 juillet, c’est la Cour de Cassation, cette fois, qui se prononcera en faveur de Jean Sambour, dans le cadre d’un appel préjudiciel; les appelants ayant fait valoir que la Cour ne disposait pas de la compétence nécessaire concernant cette affaire tant que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif n’avait pas rendu un avis de débet dans ce dossier. Jean Sambour s’en était sorti.

Johnny s’en sortait toujours. C’est ce qui le rendait si précieux à la famille. Pour l’appartement à Trump Tower, par exemple. Il rencontra plusieurs fois l’avocat Kevin MacCarthy, celui-là même qui agissait pour le compte de la société-écran panaméenne des Duvalier, orchestra l’achat de l’appartement et, même, y habita. Le rapport St Fleur explique son rôle auprès de la famille en ces termes:

Il servait d’émissaire pour transporter et déposer en banque à l’étranger, de l’argent liquide pour les Duvalier. A titre d’exemple, rappelons que
les comptes bancaires de Sambour, notamment à la Chase Manhattan de New- York et de Paris respectivement, ont repu des transferts d’Haïti par télex d’un montant de $18 million. Les copies des télex figurent au Supplément Documentaire, Volume XIV,Étiquette 3. De même, des rapports
sur des transactions monétaires, des documents bancaires délivrés par Sambour lui-même aux autorités américaines révèlent que ce dernier a remis des sommes au moins égales a $1.7 million. Et dans presque chacun de ces cas, Sambour a déclaré qu’ il agissait au nom de
« Michèle Bennett (Duvalier). »

Rapport St Fleur, p 29.

Dès 1976, nous le retrouvons inscrit comme attaché à la mission permanente d’Haïti dans le registre des officiers ayant droit aux privilèges et immunités diplomatiques des Nations Unies à New York. Il y restera jusqu’en 1986, année du départ des Duvalier. Toutefois, le Rapport St Fleur fait remonter sa première participation active au « siphonnage » au 26 juin 1979, lorsqu’il reçut son premier chèque illicite, et le considère redevable à l’État haïtien de tout l’argent depuis accumulé, soit $109,123,503.

Les tentatives de récupérer l’argent n’aboutirent pas. Le 6 août 1986, un juge new-yorkais avait bien décidé de geler deux comptes de Michèle Bennett Duvalier mais l’argent qui, selon Robert Zastrow avait été déposé sur les comptes par Jean Sambour, avait déjà été retiré. L’amie de Jean Sambourg s’en était sortie.

Après un détour par le Panama, et un divorce plus tard, Johnny Sambour revient s’installer en Haïti. Un soir de l’année 1997, après quelques whiskies avec son ami Philippe Dodard, il décide de se reconvertir dans la restauration et lance le Vert d’or à l’Infini. Le 11 février 2000, la période Duvalier se rappelle à son bon souvenir. Le 24 juillet 2001, la Cour de Cassation le laisse un homme libre. Le 23 octobre 2003, un entrefilet sur le site web de Radio Métropole mentionne, en passant, que le 12 octobre « un homme d’affaires, Johnny Sambour, propriétaire du club-restaurant l’Infini a été assassiné à coups de machettes en sa résidence à Kenscoff ». Cette fois, Jean Sambour ne s’en était pas sorti.