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Le début d’une nouvelle réalité

Ça sentait le pourri depuis quelque temps à Fonds-Rouge; la haine, ça donne à l’âme une haleine empoisonnée, c’est comme un marigot de boue verte, de bile cuite, d’humeurs rances et macérées. ~ Jacques Roumain, Gouverneurs de la Rosée.

La dictature des Duvalier a réussi un exploit qu’aucun des régimes précédents, même dans leurs plus forts accès de totalitarisme, n’était parvenu à faire. Plus que la peur, elle a institutionnalisé la haine. Haïr est désormais un devoir citoyen, l’expression manifeste de la destinée. L’Haïtien déteste les siens. La reconnaissance est une lâcheté. Depuis la Guinée, le nègre déteste le nègre.

On ne s’oppose pas à tant de sagesse axiomique. Aussi, depuis plus de 60 ans, accumulons-nous la haine, d’un clan à l’autre, sur fonds d’impunité et de sétoupamisme. Dans ce climat délétère, nous sommes d’abord anti. Anti makout, anti lavalas, anti PHTK. Les À bas ! succèdent aux Vive ! La confiance dans l’autre n’est plus. Tout le monde est suspect. Tout le monde est dangereux. Tout le monde a peur.

Tout le monde a peur parce que personne, jamais, ne paie. L’impunité est élevée au rang de sacrement, protégée par notre silence complice. Ne pas savoir ne conduit pas au tribunal. Ce n’est pas nous qui viendrons changer le pays. Le pays est à eux, ils feront ce qu’ils voudront.

Voilà pourquoi le combat à mener en cette année qui commence est celui contre l’impunité. Le tonton makout, le chimè, le bandi legal … agit sans retenue aucune parce qu’il a la garantie que ses actes resteront impunis. Les corrompus et les corrupteurs agissent sans retenue aucune parce qu’ils ont la garantie que leurs actes resteront impunis.

C’est cette garantie qu’il leur faut enlever. Le procès Petrocaribe pourrait être l’événement annonciateur de ce changement de paradigme. Le début de la construction acharnée d’un rêve commun. Le moment de réparer un tissu social miné par une haine débilitante facilitant notre domination par nos meilleurs. Le signal d’un retour aux valeurs du Konbit et des Lakou dans nos modes d’organisation économique et sociale.

La crise du leadership qui traverse aujourd’hui le monde est une chance. Le réveil des « multitudes », entre mouvements des places et révolutions Twitter, en des forces de changement sans leader signale la recherche de nouvelles formes d’organisation, de traduction institutionnelle des aspirations de celles-ci. Manuel Castells y voit une société en mutation vers le réseau, l’hétérarchie, comme mode d’organisation. Michael Hardt et Antonio Negri voient dans ces « assemblées », la recherche d’une organisation politique, sans hiérarchie, sans élite transcendantale, la construction d’une institution du commun. J’y vois le début d’une nouvelle réalité où tous, ensemble, nous décidons désormais de la vie que nous voulons, du monde que nous voulons, de #AyitiNouVleA.

Maintenant que l’eau va arroser la plaine, qu’elle va couler dans les jardins, ce qui était ennemi redeviendra ami, ce qui était séparé va se rejoindre et l’habitant ne sera plus un chien enragé pour l’habitant. Chaque nègre va reconnaître son pareil, son semblable, son prochain et voici le courage de mon bras s’il te fait besoin pour travailler ton jardin et tu frappes à ma porte : honneur ? et je réponds: respect, frère, entre et assieds-toi ; mon manger est prêt, mange, c’est de bon cœur. Sans la concorde, la vie n’a pas de goût, la vie n’a pas de sens.

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Patricia Camilien Tout afficher

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2 pensées sur “Le début d’une nouvelle réalité Laisser un commentaire

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