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Admirez les armes de la nouvelle armée

Décidément, il n’y a aucune limite au ridicule dans ce pays. Aujourd’hui 18 novembre 2017, nous avons lancé la commémoration de la geste de nos ancêtres vodouisants par une belle messe catholique, et en français, question de bien signifier la victoire de l’armée indigène sur l’armée napoléonienne. Puis, nous avons, restauré notre fierté de peuple, en anglais, comme en atteste ce magnifique tweet du social media manager des deux têtes de l’Exécutif :

https://twitter.com/ralfrho/status/931915723911376896

Grâce à ce tweet, nous avons (re) découvert l’incurie de cette nouvelle armée qui n’a encore ni règlements généraux, ni doctrine, ni concepts d’emplois, ni plan, ni rien d’autre que la volonté d’un président qui a parlé. point barre. L’arrêté présidentiel du 16 novembre, publié in extremis, l’admet volontiers dans son article 3 listant les tâches à accomplir par une commission intérimaire dont aucun membre n’est connu :

Hier matin, toujours en catastrophe, le Nouvelliste partage avec nous une très courte entrevue accordée au journal par le lieutenant-général des forces armées d’Haïti et promet de nous faire découvrir « qui est Jodel Lesage » :

« J’ai 63 ans, je fais partie de la promotion 1974-1976. J’ai débuté ma carrière au corps des Léopards, j’ai terminé comme assistant-chef d’état-major général G1 avec le grade de colonel »

C’est à peu près tout. Le titre de l’article a un peu fait de la surenchère. Nous ne savons pas plus qui est Jodel Lesage. Heureusement, Google est là qui aide. Nous le retrouvons en colonel « plus modéré » succédant au lieutenant-colonel Michel François, chef de la police nationale d’Haïti, parti en exil en République Dominicaine. Treize ans plus tard, en 2007, il réapparaît comme membre de la commission présidentielle de renforcement de la sécurité du Président René Préval. Puis 2017, les deux premières pages de la recherche sur Google. Nous ne sommes pas plus avancés mais revenons aux photos du tweet du sieur Ralph Rho.

Admirons un instant cette photo d’un mât abîmé porté fièrement par un soldat en bleu. Arrêtons-nous sur ces fusils rouillés portés tout aussi fièrement par des soldats en treillis militaire. Est-ce cette armée de 150 hommes avec ces armes de pacotille qui va nous défendre et protéger nos frontières ? Sont-ce les quelques six cent millions de gourdes affectés au budget de la défense qui vont permettre de l’équiper ? Et où allons-nous les acheter ces équipements ? La levée partielle en 2006 de l’embargo américain est certes une avenue mais elle s’apparente plus à une ruelle dans l’état actuel des choses. Il est bien sûr les Russes (et leur excellent et mouri kite AK-47, arme de prédilection des combattants de la liberté et autres terroristes), les Chinois (qui achètent chez les Russes) ou encore les Français (nos anciens maîtres adorés).

 

 

Reste le problème de l’argent. Avec environ un demi-milliard de gourdes et des soldats à vêtir, blanchir, loger, nourrir, la République sera plutôt serrée. Avant sa démobilisation par un prêtre revanchard, notre armée – comme il sied à un peuple étant le seul à avoir gagné une guerre antiesclavagiste et anticolonialiste pour atteindre à l’indépendance – profitait des restes de l’ancienne métropole française et de l’ancien occupant américain. Puisqu’ils s’opposent – en tout cas, officiellement – à cette remobilisation, nos options se referment. Le risque de nous retrouver avec une armée « mal entraînée, mal nourrie et mal payée » qui risque de rapidement se transformer en « une troupe de mercenaires à la solde du leader du moment » n’en devient que plus important.

Des anciens haut gradés de l’armée ont récemment confié au Nouvelliste leur crainte que cette armée ne soit dans les faits qu’une milice rose au service exclusif du Président Moïse. Le parti PHTK affichant ouvertement des sympathies duvaliéristes, il nous faudra sans doute redoubler de vigilance pour ne pas que se perdent les acquis de 1986. Heureusement, c’est encore une petite armée, aux équipements et à la formation ridicules. Mais si nous avons appris une chose des forces armées d’Haïti c’est que le ridicule ne les a jamais arrêtées et qu’avec eux, le ridicule tue.

Patricia Camilien Tout afficher

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3 pensées sur “Admirez les armes de la nouvelle armée Laisser un commentaire

  1. Tout doit avoir un commencement, c’est très facile de critiquer. Qu’avez vous présentement pour vous défendre. Donner la chance à celui ou ceux qui essayent de faire quelque chose .Pour mériter l’estimer…avoir essayé. Dit la Dame.

  2. Oui il y’a eu des erreurs de traditions, de cultures et de moeurs dans la fête de la bataille de Vertière.
    Mais, l’effort pour la remobilisation de notre armée était un succès.
    Nous avions besoin de faire le premier pas qui devrait simboliser la non-négociation de notre indépendance.
    Il est maintenant d’une urgence à ce que nous réfléchissions à la manière efficace à corriger nos erreurs. Dire que c’etait ridicule est plutot trop extrème.

  3. Un article pessimiste et profane. Profane??! Et oui…
    Paske map gade defile gad wayal nan peyi Langletè, zam yo gen bayonèt sa vle di se zam ki gen syèk men eske sa vle di se zam sevis yo???

Répondre à Joseph D Coles Annuler la réponse.

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